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Arrêter de réexpliquer qui tu es à chaque fois

C4 · FAIRE · 9 min · version 1.0 · 2026-08-06

Tu recolles les mêmes trois lignes depuis six semaines. Ton métier, ta ville, tes destinataires, ton ton, ce que tu ne veux jamais lire dans un de tes mails.

Ça marche. Mais tu les retapes à chaque fois — et le jour où tu ne les retapes pas, tu récupères un texte tiède que tu jettes.

Ce module remplace ces trois lignes par une fiche que tu écris une seule fois.


Ce que tu sauras faire en sortant


La réponse courte

Ce que tu fabriques ici, c'est un texte. Dix lignes, dans une note, sur ton ordinateur.

L'endroit où tu le colles porte un nom de menu qui peut changer demain, et il n'est pas forcément compris dans ton offre : c'est tout l'objet de l'encadré en haut de page. Le texte, lui, ne bouge pas. Il fonctionne collé en tête d'une conversation, il fonctionne dans un assistant, il fonctionnera dans l'outil de l'an prochain.

Écris la fiche d'abord, range-la ensuite. Dans cet ordre, un changement d'interface ne te coûte plus rien.

Tu as déjà des instructions permanentes en place ? Va directement à « La fiche qui coûte cher » : ce qui n'entre jamais dans un contexte permanent et les quatre critères sont la seule vraie nouveauté.


Ce que les modules précédents t'ont laissé à la main

F2 t'a donné les quatre éléments d'une bonne demande : contexte, destinataire, résultat attendu, ton. Tu les retapes. C2 t'a fait coller un de tes propres textes pour montrer ton style. Tu le recolles. C3 t'a fait écrire trois questions à poser à un contrat. Tu les retapes aussi.

Ces trois choses ne changent pas d'une fois sur l'autre. Ce qui change, c'est la tâche du jour. Un assistant, c'est l'endroit où on range ce qui ne change pas.

Ce module ne t'apprend donc pas à mieux écrire une demande : il t'apprend à ne l'écrire qu'une fois, et à savoir ce que ça coûte.


Trois choses qu'il ne faut pas confondre

Le vocabulaire est flou partout, et les trois n'ont pas les mêmes conséquences.

Les trois sont permanentes. La première est la seule que tu écris.


Écrire la fiche

C'est le seul vrai travail du module. Dix lignes bien écrites valent mieux qu'une page : plus la fiche est longue, plus tu as de chances de te contredire dedans.

Tu m'aides à écrire mes textes professionnels.

Qui je suis : [MÉTIER], [VILLE OU ZONE], [SEUL OU AVEC UNE ÉQUIPE].
À qui j'écris : [TES DESTINATAIRES HABITUELS].
Mon ton : [DEUX OU TROIS ADJECTIFS].
Ce que je ne veux jamais : [TES INTERDITS].
Longueur par défaut : [NOMBRE] lignes, sauf si je demande autre chose.

Si une information me concernant te manque, demande-la.
N'ajoute aucun chiffre, aucune date ni aucun nom que je ne t'ai pas donné.

Cette fiche n'est pas une demande, c'est un décor. Tes demandes, elles, restent d'une ligne.

Ce que les deux dernières lignes ne font pas. Elles reprennent le levier de F4 : autoriser l'aveu d'ignorance et interdire les ajouts rend l'invention moins probable. Moins probable, pas impossible. Une consigne oriente une réponse, elle ne la contrôle pas — et une fiche permanente ne fait que répéter cette consigne à ta place.

La même fiche, remplie

Un couvreur, seul, à Caen :

Qui je suis : couvreur, Caen et 30 km autour, je travaille seul.
À qui j'écris : des particuliers, souvent en urgence après une fuite.
Mon ton : direct, rassurant, sans jargon de métier.
Ce que je ne veux jamais : superlatifs, « nous avons le plaisir de », promesse de délai.
Longueur par défaut : 8 lignes.

Trois détails valent le coup d'œil. « Sans jargon de métier » est vérifiable à la lecture, « clair » ne l'est pas. « Promesse de délai » est un interdit qui te protège : C2 t'a montré à quelle vitesse un délai apparaît tout seul. Et huit lignes est un nombre, pas une intention.

Deux autres fiches, en une ligne :


Joindre tes propres textes

Rappel de C2, mais cette fois tu le ranges au lieu de le recoller. Ton assistant accepte peut-être des documents joints — l'encadré du haut dit combien, de quelle taille et dans quels formats. Si c'est le cas, le meilleur usage n'est pas d'y verser ta documentation métier : c'est d'y mettre trois ou quatre textes que tu as écrits et que tu trouves bons. Un mail client, une page de ton site, un descriptif de prestation. Puis, dans la fiche : « les documents joints sont des exemples de mon style, écris comme ça ».

Que trois ou quatre exemples valent mieux qu'une liste d'adjectifs vient de ma pratique, pas d'une mesure. Ton propre essai tranchera.

Ce que ça ne règle pas : un exemple montre ton ton, pas tes faits. Un texte peut sonner exactement comme toi et contenir un montant que tu n'as jamais dicté.


La fiche qui coûte cher

Voici une fiche crédible, du genre qui s'écrit tout seul : une ligne utile ajoutée, puis une autre. Exemple reconstitué pour l'exercice : ce n'est pas la copie d'un vrai compte.

Qui je suis : gérante d'un cabinet de kiné, 4 praticiens.
Mes patients réguliers : Mme Berthier (lombalgie, mardi 9 h), M. Roussel (post-opératoire)...
Mes tarifs négociés : ne jamais dépasser 15 % de remise avec le fournisseur Delaunay.
Accès au logiciel de planning : identifiant cabinet-caen, mot de passe ...

Avant de lire la suite : trois lignes doivent sortir. Lesquelles ?

Les trois dernières — et elles ne pèsent pas le même poids.

Ce qui aurait dû alerter : la fiche a commencé à décrire l'activité au lieu de décrire l'écriture. C'est la dérive qui guette une fiche vivante : on ajoute une ligne utile, puis une autre, et personne ne relit l'ensemble.

La correction tient en une règle : la fiche dit comment tu écris, jamais qui tu suis ni ce que tu négocies. Une ligne qui nomme une personne, un client ou un prix sort de la fiche. Ce que F3 appelait le feutre noir s'applique ici aussi — sauf qu'un oubli n'y dure pas une conversation, il y dure des mois.

Avant d'y ranger quoi que ce soit, deux points de l'encadré du haut : qui d'autre voit le contenu de l'assistant, et si le réglage coupé au module C1 le couvre aussi.


Un assistant, ou trois ?

Un assistant qui fait tout finit par tout faire moyennement : ses instructions doivent couvrir des situations qui n'ont rien à voir entre elles.

Le critère de découpe : un assistant par type de destinataire et de sortie, pas par sujet.

Commence par un seul. Le deuxième se justifie le jour où tu ajoutes à ta fiche une ligne qui en contredit une autre.

Ce critère de découpe vient de ma pratique, pas d'une mesure.


Comment juger ton résultat

Quatre critères observables, à passer sur le premier texte que tu obtiens.

Trois sur quatre, la fiche tient. Le critère 2 est le seul qui ne se négocie pas : s'il tombe, reprends les deux dernières lignes de la trame et refais l'essai.


Jusqu'où ça va, et où ça s'arrête

Ça ne réduit pas le besoin de relire. Une fiche fait gagner la mise en place, pas la vérification. Les inventions « persistent même dans les systèmes les plus avancés », écrivaient des chercheurs en septembre 2025 (Kalai et coll., arXiv:2509.04664, traduit de l'anglais). Le geste de F4 reste dû, texte par texte.

Ce n'est pas parce que c'est rangé que c'est fermé. Qui voit le contenu d'un assistant est une question ouverte, et c'est le marqueur le plus important de l'encadré. Quoi qu'il en soit, tu ne relis plus ta fiche une fois qu'elle marche : c'est ce qui rend une ligne mal placée coûteuse, elle sort de ton champ de vision.

Ce n'est ni un logiciel, ni une automatisation. Rien ne se déclenche tout seul, rien ne se connecte à ta facturation. Si tu attends ça, ce module ne te le donnera pas.


🎯 À toi

1. Sur terrain neutre. Écris ta fiche dans une note, hors de tout outil. Dix lignes. Puis colle-la en tête d'une conversation neuve et donne une tâche d'une ligne :

Relance client : facture de fin de chantier, six semaines de retard, bon client.

Passe les quatre critères. Réussi si tu obtiens au moins trois oui, dont le critère 2.

2. La variation. Change une seule ligne de la fiche — le destinataire, ou la longueur par défaut — et redonne la même tâche. Réussi si le texte change là où tu l'attendais, et nulle part ailleurs. Tu viens de voir ce que porte chaque ligne.

3. En vrai. Range la fiche dans un assistant, à l'endroit indiqué par l'encadré du haut, et sers-t'en pour un texte que tu envoies pour de bon cette semaine. Note ce que tu as dû corriger à la main : c'est là que ta fiche est incomplète, et c'est la ligne à lui ajouter.

Pas de textes à joindre ? Commence par la fiche seule. Tu ajouteras les exemples la prochaine fois que tu seras content d'un texte.

La fonction n'est pas accessible, ou pas comprise dans ton offre ? Arrête-toi à l'étape 2. Tu perds la permanence, tu gardes la fiche et les quatre critères — c'est-à-dire l'essentiel.


Ce que tu viens de faire


Et après

C'est le dernier module du parcours, et il ne se termine pas sur cette page.

Dans deux jours, sans la relire : réécris ta fiche de mémoire, puis compare. Ce que tu as oublié est ce que tu n'avais pas vraiment décidé.

Dans un mois : rouvre-la, supprime ce qui ne sert plus, ajoute la correction que tu fais à la main pour la dixième fois. Une fiche modifiée ne rattrape pas forcément les conversations déjà ouvertes — c'est dans l'encadré du haut.

Ce que tu emportes n'est pas une fonctionnalité : c'est un texte de dix lignes et quatre critères, qui survivront au prochain changement de menu.

*Les affirmations de ce module sont consignées dans docs/c4-PROVENANCE.md, avec leur nature

et ce sur quoi elles reposent. Les captures qui manquent encore sont décrites dans

docs/c4-BESOINS-CAPTURES.md : la page se lit entièrement sans elles.*